Un tour dans mon enfance
(jusqu'au procès)

Contrairement à ce qui a été dit, je n'ai jamais été élevée dans le culte d'Yves Montand.
Ma mère constituait mon seul et unique horizon. Je n'aimais qu'elle et ne connaissais qu'elle. Elle était ma seule famille, mon seul parent, ma seule référence, ma seule autorité.
J'étais également sa seule famille. A 23 ans, ma mère n'avait plus aucun de ses parents, tous les 2 décédés. Elle ne voulait pas attaquer mon père dans les 2 ans comme il est de rigueur. Elle voulait que la fibre paternelle se mette à vibrer et que les choses se fassent naturellement. Elle tenta de provoquer plusieurs rencontres lorsque j'étais toute petite, à Rome et à Saint Paul de Vence. Mais fuyait sans cesse son rôle de père.


A partir de quand j'ai appris qu'Yves Montand était mon père ?

Dès la maternelle :
Je regardais beaucoup de Tex Avery et je pensais naïvement qu'une cigogne m'avait déposée chez ma mère parce qu'elle désirait un enfant.
- Fête des mères : Je partage la joie de mes camarades et je suis très heureuse de faire un beau dessin pour ma mère.

- Fête des pères : Je reste bloquée ! Heu... « papa » n'est pas un mot dont je connais la signification, ça ne fait pas parti de mon vocabulaire innée de petite fille.
Du coup, je ne comprends pas la joie qu'ont tous mes camarades mais je me tais pour ne pas avoir la honte, et je fais une peinture. En rentrant, j'ai immédiatement posé la question à ma mère : « c'est quoi un papa ? »
Elle m'explique donc que pour faire un bébé, il faut une maman et un papa. Le papa dépose une petite graine dans le corps de la maman et l'enfant vient au monde. Ouf ! Moi aussi j'ai un papa, comme tout le monde. Je suis donc normale. Sauf que mon papa vit avec une autre femme.
J'apprends, en lui envoyant ma peinture et la photo prise en classe, qu'il s'appelle Yves Montand.

J'inondais ma mère de questions bien sûr. Je voulais tout savoir sur lui, sur leur rencontre, leur relation, leur rupture. J'appris qu'après 2 ans de relation amoureuse, leur liaison s'arrêta brusquement lorsque ma mère lui annonça qu'elle était enceinte de lui. Il rejeta sa responsabilité de père et nous abandonna, prétextant que je ne pouvais pas être de lui car « à 54 ans, on ne pouvait plus avoir d'enfant. »

Pourquoi n'ai-je pas un père inconnu ?

Lorsque je le voyais à la TV, il était un parfait étranger pour moi. En revanche, je voyais ma mère pleurer. Ca lui faisait mal de le voir. Elle l'avait tant aimé et lui, l'avait tant fait souffrir...

Elle tentait de temps en temps de joindre Yves Montand au téléphone. Mais barrage de Bob Castella à chaque fois (son homme à tout faire). Le plus souvent, dès qu'elle s'annonçait, on lui raccrochait au nez !
Un soir, c'est Simone Signoret qui répondit. Au début, elle était agressive et jalouse, puis après une longue discussion avec ma mère, elles se mirent à pleurer toutes les 2 au téléphone ! Elles avaient un point commun : la souffrance à cause du même homme. Celle d'une femme trompée, et pas qu'une fois, et celle d'une femme abandonnée. Simone lui confia que sa plus grande crainte était qu'il parte avec une femme plus jeune qui lui ferait un enfant car elle, ne pouvait plus en avoir. Ma mère la rassura quant à nos intentions. Elle ne voulait causer aucun tort ni à leur couple ni à l'image publique d'Yves Montand. Juste qu'il voit sa fille de temps en temps.
C'est à cette occasion que je rencontrai cette grande dame. Elle avait été tellement gentille avec moi (contrairement à sa fille plus tard !).
Elle m'offrit un jus d'orange et m'installa à la table d'à côté pour ne pas que j'entende leur conversation d'adultes.
-Simone Signoret accepta donc de nous aider et d'intervenir auprès d'Yves Montand.
Mais il rentra dans une colère noire à l'idée de savoir que Simone et ma mère aient pu se rencontrer et discuter ! Il ne voulait ni entendre parler de ma mère ni de moi !
Ce fut donc un échec ! 

* ECOLE PRIMAIRE :
C'est là que sa célébrité va commencer à me pourrir la vie.

Chaque rentrée scolaire, il fallait remplir des fiches. Bien sûr, je répondais tout naturellement aux questions posées :
- « père » : Yves Montand
- « profession » : Acteur chanteur
Pour moi, il n'y avait rien d'extraordinaire dans le fait que mon père soit dans le cinéma. Ma mère avait déjà des amis qui étaient dans le cinéma : Henri Colpi, Claude Pieplu, André Pousse, Raymond Pellegrin...
Je n'aurais jamais imaginé l'effet boule de neige que cela entraînerait : proviseur, parents et du coup enfants me traitaient de menteuse. Non seulement rejetée par mon père mais aussi par la société, que je trouvais déjà bien cruelle à vrai dire.
J'avais le droit à « menteuse », « bâtarde », « si c'était vrai, ça se saurait, on en parlerait dans les journaux » « mais oui bien sûr, et moi mon père c'est Alain Delon » « le mien c'est le président » ... Réflexions perpétuelles qui me renfermaient dans une terrible solitude.

Pourquoi n'ai-je pas un père inconnu ? Au moins on compatirait au lieu de se moquer.
Mais je n'allais tout de même pas m'inventer un père imaginaire pour leur faire plaisir puisque j'en avais déjà un ! Que ça leur plaise ou non !

Invitation à des anniversaires + chez mes nounous : Je vois ce qu'est une VRAIE famille, avec un père.
-Sentiment qui revient à nouveau d'être différente des autres, pas normale.
-C
ette solitude et cette différence commencent à me peser.
Le manque d'un père, et d'une vraie famille, et de son amour, commence à se faire ressentir.

Fin 1981 : J'ai 6 ans.
Ma mère pris son répertoire téléphonique et tenta une nouvelle fois d'appeler Yves Montand.
C'est lui qui répondit ! Il était de bonne humeur et ne lui avait pas raccroché au nez pour une fois ! Et pour la 1ère fois, il demandait à me parler. Je pris le combiné. J'avais enfin mon père au téléphone. Il souhaitait enfin « rencontrer sa fille » (première fois qu'il me reconnaît comme telle, et unique fois aussi !) Je n'en revenais pas ! Et ma mère non plus ! 
« Quand ? » lui demandai-je. « Tout de suite ! » répondit-il.
-Si heureuse ! Si excitée ! C'est le plus beau jour de ma vie !
-
Je me demandais ce que devait faire une petite fille en découvrant son père avec 6 années de retard...

Mais nous arrivâmes avec du retard.
Je rentrai sous le porche de l'immeuble. Il était là, mais n'était plus tout seul malheureusement. Il y avait des personnes de Solidarnosc avec lui.
Nous sommes restés longtemps à nous regarder, chacun découvrant l'autre... Etonné par cette scène figée, le « témoin gênant » rompit ce long silence, en demandant avec curiosité : « Mais qui est cette petite fille ? ». Immédiatement, Yves Montand reprit ses esprits, quitta mon regard, remit vite fait son masque de star, et répondit avec sourire : « Oh non ! Ce n'est RIEN ! Juste une fan ! Une fan de plus ! héhéhé »
Au lieu de crier que j'étais sa fille, ma fierté d'enfant me poussa à me retourner sans rien dire, repassai le porche, et une fois arrivée dans la voiture de ma mère, j'explosai en pleurs... Elle était écoeurée par son comportement de lâche, une fois de plus ! 
-Mon 1er coup de poignard ! Il venait de briser le cœur d'une petite fille qui ne désirait qu'un peu de temps avec son père... pas avec une star ! Mes stars à moi à l'époque, c'est Mickey, Dingo ! Sa célébrité est le rempart qu'il met entre nous ! 
Il avait choisi de me renier pour ne pas tomber de son piedestal de star tant aimée par les gens ! Mais moi, je savais la vérité le concernant...
-
Blessée ! Vexée ! En colère ! Révoltée par la manière dont il venait de me traiter, de m'humilier, en toute conscience. Son comportement insinuait que ma venue au monde était une erreur et que je n'étais RIEN.
« Il est trop méchant ! Je le hais ! Je ne veux plus jamais le revoir ! Je n'ai pas de père, je n'ai jamais eu de père, et je n'en ai pas besoin. J'ai toujours fait sans et je continuerai. » dis-je à ma mère dans la voiture.

Je connais son nom, je sais d'où je viens, je connais l'identité de mon père si on me la demande, mais ce sera tout ! 

« La solitude et le sentiment de n'être pas désiré sont les plus grandes pauvretés. » Mère Térésa.

CONSEQUENCES : J'AI 6 ANS ET JE VEUX MOURIR !
Ma mère était partie vite fait faire une course en bas de chez nous.
Ma première tentative de suicide avec un couteau de cuisine, devant la glace de la salle de bain...
-
Pourquoi suis-je née ? Pourquoi mon père ne veut pas de moi ? Pourquoi ne m'aime-t-il pas ?
-
Si je meurs, il se sentirait coupable ! Il saurait que tout ça, c'est de sa faute !

Par la suite, lorsque je le voyais à la TV, j'enfouissais ma douleur d'enfant et préférais zapper l'image de ce père qui m'avait tant déçue. Je ne voulais surtout pas lui ressembler !

1984 : J'ai 9 ans.
Ma mère a un grave accident de voiture. Et si je l'avais perdue ???
Le hic, c'est que même si je connais l'identité de mon père, sur ma fiche d'état civil, à la place du nom de mon père il n'y a qu'une succession de croix. Mon identité paternelle n'est pas reconnue par la loi.
-Donc si ma mère meurt, je serais considérée comme une simple orpheline, mon père n'ayant aucune obligation envers moi. Lui, a tous les droits en tant qu'adulte et moi, enfant, je n'en ai aucun ! Juste de souffrir !
J'ai donc décidé de lui écrire pour lui expliquer la situation. Mais aucune réponse. Il persiste à faire comme si je n'existais pas ! Il se fiche totalement de ce qui peut bien m'arriver. Sympa !

1986 : J'ai 11 ans.
Ma mère a trouvé un job dans l'immobilier qui l'oblige à s'absenter pour des périodes de 3 semaines en Afrique.
La 1ère fois, c'était génial car j'étais gardée par la super famille qu'avait ma meilleure amie.
La fois d'après, j'étais gardée par une femme "nounou" qui voulait avoir un enfant. Mais après 3 semaines, lorsque ma mère l'a prévenue au téléphone qu'elle avait un souci d'avion et qu'elle ne pourrait pas rentrer tout de suite, après l'avoir rassurée au téléphone, cette femme se cassa et me laissa seule à gérer la situation !
Pas de souci ! Je partis demander à ma nounou mauricienne que j'adorais, que je considérais comme une maman de remplacement, et qui vivait à côté de chez nous, de me garder quelques jours.  Mais elle refusa pour cause de fête religieuse et me conseilla de demander aux parents de camarades à moi. Ce que je fis. Je partis chez des copains jumeaux. Une vraie famille encore.
Le lendemain, les parents de mes camarades appelèrent le Proviseur pour dire que je dormais sous les ponts ! Aïe ! Pas prévu ça ! Je me retrouvais chez le Proviseur qui ne pouvait pas nous blairer et qui m'envoya dans le bureau de l'assistante sociale. Elle voulait m'emmener quelque part. Je ne voulais pas. Elle me fit croire que tout allait bien se passer, que je pouvais même laisser mon cartable là, car on reviendrait après. On a pris le métro. Mais où m'emmenait-elle ? Je n'avais pas confiance... Et j'avais raison ! Je me retrouvais à la Brigade des mineurs ! Wouahhh rien que ça !! Et l'assistante sociale repartit. Sans moi.
J'avais le droit à un véritable interrogatoire. Bon sang ! C'était la Police pour enfants quoi ! Alors forcément, aux questions fatidiques qu'ils allaient me poser, je n'avais pas d'autres choix que de leur dire la vérité. « Et ton père ? Il est où ? T'as bien un père ! Il s'appelle comment ? Il habite où ? »
Je répondais avec gêne : « Il s'appelle Yves Montand et habite place Dauphine. »
« Heu... on recommence ! Comment s'appelle ton père ? » « Bah Yves Montand ! »,
insistai-je.
Et voilà que maintenant, c'était la police qui se moquait de moi....
Ils ont été sympas néanmoins car ont accepté de faire un détour chez ma nounou mauricienne. En voyant la police, elle n'hésiterait pas une seule seconde, elle me sauverait de cette horrible situation ! 
Et bien non ! Très grosse déception encore de ces adultes ! Elle persista avec sa fête religieuse à la con et me laissa donc entre les mains de la Brigade des Mineurs qui n'avait donc pas d'autre choix que de m'emmener à la DASS !!! En fait, si mon père m'avait reconnue, on m'aurait conduit chez lui ! Pas à la DASS ! Et déjà, au lieu d'aller voir les adultes pour me garder en attendant le retour de ma mère, j'aurais du ne rien dire à personne ! J'aurais été libre chez moi au lieu d'être emprisonnée ! La DASS est une vraie prison pour enfants ! Horrible expérience gravée à jamais ! J'ai pris conscience de ce que signifiait LA LIBERTE ! 

-Je réalisais que je préférais avoir juste ma mère et ne plus rechercher de famille chez mes camarades ou chez mes nounous. Elle est ma seule et unique famille et surtout, ma seule protection face à cet extérieur bien hostile pour un enfant. Je déteste les adultes et le pouvoir qu'ils se donnent sur les enfants ! 

1987 : J'ai 12 ans.
AU REVOIR LE PASSE !
Déménagement à Boulogne. Nouvelle vie qui commence ! Nouvelle scolarité !
Nouveaux camarades ! J'y serai en total anonymat cette fois.
A côté du « nom du père » demandé sur les fiches à remplir, je ne dirai plus qu'il s'agit d'Yves Montand. Compris la leçon ! Je mettrai des croix « X », comme indiqué sur ma fiche d'état civil. Si je dois parler de mon père, je dirai qu'il a largué ma mère quand elle était enceinte, point barre. Rien sur son identité !
- Le malheur quand on essaie de faire table rase du passé, c'est d'avoir un père célèbre !

SI TU NE T'OCCUPES PAS DU PASSE, ALORS LE PASSE S'OCCUPE DE TOI...

27 décembre 1988 : J'ai 13 ans.
- Petit rappel : « A 54 ans, on ne peut plus avoir d'enfants ! »...

C'est alors qu'Yves Montand s'affiche dans Paris Match comme un papa gâteau, et clame au monde entier ces phrases assassines qui lacérèrent mon cœur en lambeaux par milliers : 
« Quelle joie d'être père pour la première fois à 67 ans. C'est un bonheur absolu. J'ai eu une vie amoureuse fantastique mais vivre cette découverte est quelque chose d'extraordinaire. Avoir un enfant, c'est fantastique, c'est la vraie source de vie, la réalisation de tous les rêves. Si la vie a une véritable signification, elle se trouve là... Avoir un enfant, c'est aussi le bonheur de le coucher le soir dans sa chambre, de jouer avec lui juste avant qu'il ne s'endorme, de le regarder prendre son bain, de l'entendre gazouiller. C'est quelque chose de fabuleux. C'est, pour moi, le plus grand film, le plus grand spectacle, le plus grand roman du monde. J'aurais surtout voulu en avoir un plus tôt. Mais il arrive maintenant, merveilleusement fait par Carole, et je suis bien content de l'avoir ». (Surtout qu'au départ, il était plutôt furieux quand il apprit qu'elle était enceinte ! Ce n'était pas prévu et pas ce qu'il souhaitait !) 
Il venait de me renier, non plus dans le secret, mais cette-fois ci, publiquement !!!
-2ème coup de poignard dans le cœur ! Profonde était l'entaille ! Un supplice ! Un martyre !
-
Il venait d'emmurer vivante ma dignité d'enfant ! Il venait de rallumer le feu douloureux de mon âme que j'avais mis tant de temps à étouffer...
Quel immonde individu ! Il ose dire que c'est pour lui le plus grand film du monde. Avec moi, il se croyait dans un film d'Horreur ! Il a préféré gommer mon personnage dans le dessein de sa vie ! Il préférait oublier qu'il avait déjà une fille de 13 ans ! MOI !!! Il voulait décidément me détruire !
Je le déteste ! Je me déteste ! Et je déteste ma mère ! Pourquoi n'a-t-elle pas avorté ?
Pourquoi Valentin et pas moi ? Qu'ai-je fait pour mériter tant d'indifférence de la part de mon père ? Suis-je tellement une horreur ? Est-ce parce que je suis une fille et pas un garçon ?

Il est vraiment allé trop loin ! Je ne peux plus supporter l'insupportable ! Je ne veux plus qu'il s'en tire en toute impunité ! Je veux que le monde sache que c'est un menteur !!! Je veux que la Vérité soit dite au monde entier !!
« Maman, je t'en prie ! Fais quelque chose ! Trop dur à supporter ! Trop injuste ! Je suis là moi ! J'existe !! Je t'en prie ! Fais quelque chose ! »

Pourquoi nous dit-on que les enfants doivent respecter leurs parents, ou les adultes en général, si ces adultes ne respectent pas les enfants ? Comment peut-on laisser l'adulte être libre d'agir à sa guise et même de mentir sans être puni alors que nous, enfants, nous le serions pour bien moins que cela ?!
-Une seule autorité a le pouvoir de punir ces adultes et de défendre les droits des enfants, c'est la Justice il paraît. Justice, tu es mon seul espoir...

1989 : J'ai 14 ans.
Notre avocat Jacques Vergès nous conseille de tenter d'abord un arrangement à l'amiable.
Sa dernière chance, sa dernière opportunité de se racheter et de réparer le mal psychologique qu'il m'a fait subir durant toutes ces années.
-Echec ! Encore l'impression de n'être RIEN lorsqu'il est parti en me regardant avec haine et en me bousculant au passage. Le procès est donc mon unique moyen et mon unique espoir pour le forcer à arrêter de fuir ses responsabilités de père. Je veux qu'il arrête de faire comme si je n'existais pas et de se cacher derrière la célébrité qu'il est !!!

Après cette ultime tentative à l'amiable qui se soldera encore par de la souffrance, ma mère entama aussitôt une procédure judiciaire contre Yves Montand, celui-ci ayant pour avocat Maître Georges KIEJMAN, afin de faire reconnaître sa paternité devant la loi.


ACTE 1 : PROCES DROSSART c/ YVES MONTAND (1989 - 1994) = 5 ans.
De mes 13 ans à mes 18-19 ans.

1990 : J'ai 14-15 ans.
Pressions extérieures pour nous intimider et nous faire lâcher le procès... Obligée d'avoir un garde du corps, qui m'emmène au collège, et vient me récupérer. L'impression d'être dans un film ! Sauf que c'est la réalité ! Des hommes viennent jusqu'à chez nous, devant nos volets, pour nous faire peur...
Les journaux n'osent pas en parler. Pressions et menaces sur nos témoins.
L'un d'eux, Henri Colpi, cinéaste et pourtant ami de longue date de ma mère, craque et change sa version des faits. Il est menacé de ne plus être produit. Finalement, il va revenir sur son témoignage initial mais se fera discréditer par les adversaires !

Le premier journaliste couillu, de notre côté, à avoir osé parler de notre histoire, sera Jean Edern Hallier dans son journal « l'Idiot International ». L'article sera en 1ère page et portera le titre "Au nom du père" (au moment de l'annonce de l'exhumation, Catherine Allégret sortira un horrible livre contre ma mère et moi, qu'elle nommera "Au NON du père").

Nous avions tout de même en face de nous le trio Montand, Kiejman et Mitterrand ! Et nous avions le soutien d'un autre trio, et pas du moindre : Jacques Vergès, Jean Edern Hallier et le capitaine Baril (ancien chef du GIGN qui s'était retourné contre Mitterrand au moment des écoutes de l'Elysée et qui l'a bien payé depuis puisque lui aussi a subi une belle supercherie aux yeux du monde pour qu'il soit mis hors service...)
-Période où j'ai commencé à faire un cauchemar récurrent : On faisait le marché, des hommes en noir, armés, sortaient d'une voiture noire et tiraient sur nous : Ma mère gisait morte pleine de sang, son ami aussi, et moi je tentais de lutter, de faire mes arts martiaux, d'avoir une arme mais je n'arrivais jamais à les toucher ! Je me sentais si impuissante face à eux malgré ma rage ! Et je me réveillais avant que je ne meurs à mon tour de la main de ces hommes.

Mar 6 avril 1990 :
Résultat du procès : Le Tribunal de Paris, estimant qu'il existait suffisamment de présomptions graves de relations intimes entre les parties pendant la période légale de ma conception, c'est-à-dire entre le 11 décembre 1974 et le 10 avril 1975, ordonne à Yves Montand de se soumettre à un test de paternité. Il désigne un expert : le Docteur Aline MARCELLI.
-Ca y est ! Il est coincé ! On a gagné ! Cette fois, il ne va pas s'en tirer comme ça !
Les tests génétiques vont prouver officiellement que je suis bien sa fille.
Son masque de star va tomber pour montrer l'homme qu'il est vraiment.
J'en jubile d'avance, au nom de mes souffrances d'enfant.

D'autres journalistes oseront enfin suivre. Ca passe enfin dans les journaux !  
Et je passe en direct au journal de 20h sur la 5, invitée par Guillaume Durand.
Je deviens soudain la « vedette » du bahut. Plus besoin de cacher mes origines. Je peux enfin être moi avec mon histoire ! Je ne suis plus « cachée » !
-Ma première victoire morale sur mon passé ! On ne me traitera plus de menteuse !

Yves Montand osera faire, suite à cela, des déclarations que je trouve vraiment gonflées, au micro de RTL : « Depuis que j'ai eu Valentin, c'est incroyable le nombre de bonnes femmes qui disent avoir eu un enfant avec moi. Alors bon, il faut prendre ça à la rigolade, parce que sinon, on n'en sort plus. Ce que je ne comprends pas, par contre, c'est la malhonnêteté et la légèreté de la Cinq, hier soir. Je n'ai rien à dire de cela, simplement, je crois que certains laquais du pouvoir continuent à faire leur basse besogne. C'est le temps de l'imposture et du scoop à tout prix pour faire recette, pour avoir des téléspectateurs. Mais c'est pas bien, enfin c'est, disons le mot, assez dégueulasse. Moi, si ça continue, très sincèrement, bien sûr, les auditeurs qui vont entendre ça n'en ont rien à foutre, passez-moi l'expression, mais moi, je ne veux pas rester dans ce putain de pays. » 

-L'imposteur, le menteur, le dégueulasse, c'est lui !!!!! Il nie tout en bloc !
Il se montre sous l'aspect d'un homme injustement victime de sa célébrité ! Le pauvre ! Il est surtout énervé parce qu'il croyait contrôler les médias et certains, parmi eux, n'ont pas peur de faire leur travail de journaliste : diffuser l'information ! Et oui ! Il existe des gens intègres dans la profession ! Heureusement pour nous ! Car si on l'écoute, on lui donnerait le bon dieu sans confession !
-Vraiment, il me dégoûte ! Il persiste et signe dans son immondisme à mon égard... Il ne veut pas assumer mon existence. Il continue à essayer de fuir son passé qui pourtant, le rattrape aujourd'hui : MOI !